Funérailles du chanoine
Joseph Daviu

3 mars 2021

Monteux, le 2 mars 2021.

Avec mes confrères, les membres de sa famille, ses anciens paroissiens, en cette ville de Monteux dont il est citoyen d’honneur, dans cette église ou il a officié pendant 16 ans, et après ce que nous en a déjà dit mr Moutte, nous accompagnons sur le chemin qui monte le chanoine Joseph Daviu. Sa belle taille, une distinction naturelle et une forme d’élégance de bon aloi, pouvaient impressionner au premier abord. Il y avait aussi sa réserve qu’on aurait pu prendre pour de la sévérité. En fait, il s’agissait d’une certaine timidité qui n’empêchait pas des traits d’humour surprenants, accompagnés d’un petit sourire qui venait illuminer son visage. Il en est de ce confrère, comme des jardins privés de l’intra-muros d’Avignon. Un grand mur sans trop d’ouvertures apparentes, mais lorsqu’on peut pénétrer à l’intérieur, on reste stupéfaits de l’ordonnancement qu’on y découvre.

Je veux rapporter ici un fait qui le décrit parfaitement. Dans la paroisse de l’Isle sur Sorgue, une jeune femme en grande détresse, vint se réfugier à la collégiale en fin de journée. Mr le curé l’écouta et lui permit d’y rester la nuit, car elle était venue en immense détresse et sans aucune ressource. Dès lendemain, le père Daviu se démena si bien que cette personne reprit goût à la vie et elle remplit aujourd’hui encore, un beau service d’accompagnement des autres, pour leur joie et leur bonheur. Elle-même me l’a raconté. Qui eut cru qu’un prêtre plutôt hiératique, eut une telle audace ? Et là nous commençons à entrevoir le secret de Joseph Daviu.

Ce secret, c’est à un autre Joseph qu’il le doit : Mgr Joseph Urtassun. Cet archevêque d’Avignon l’ordonna prêtre pour le diocèse, en 1966. Le jeune abbé Daviu lui gardera jusqu’à la fin une immense reconnaissance. Joseph Daviu fut profondément prêtre. C’est là la nature de son secret intérieur, la source de toutes ses réactions. Convaincu que l’amour de Dieu est plus grand que nos limites, il voulait donner Dieu simplement en se rendant présent et proche aux personnes qui venaient à lui. En fait, il avait une forme d’abandon de lui-même dans un amour de disponibilité, à la manière de Jésus. Voilà pourquoi l’Evangile de saint Jean a été retenu pour cette célébration.

« Tout est d’amour en la sainte Eglise » disait saint François de Sales. L’amour si désespérément désiré depuis toujours et plus encore à notre époque, dure et sèche en tant de ses réalités ! « Pierre m’aimes-tu ? ». « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? ». Cette question si précise et si directe, répétée trois fois, est une merveille de pédagogie et de confiance de la part du Seigneur envers Pierre qui représente toujours l’Eglise à travers sa personne. Cet amour préférentiel pour le Christ, Joseph Daviu y a répondu du meilleur de lui-même dans un être profondément sacerdotal. Sans prétention, simplement, humainement, humblement, à l’image de saint Joseph de Nazareth, son patron, et de son apprenti, l’enfant Jésus à l’atelier.

D’une manière convaincue, il privilégiait, la liturgie, son sens, sa beauté. Que de soins, il y apportait partout ou il passait ! Sa façon de célébrer, sans affectation, mais avec la justesse d’une vraie vie intérieure, en a touché beaucoup, les conduisant à leur propre capacité d’intériorité. Mais, allons plus loin encore.

Il éprouva une grande joie d’être nommé chanoine du vénérable Chapitre de la Métropole ND des Doms. Il en portait le costume écarlate avec une juste fierté dans la mémoire des cardinaux de la grande période pontificale avignonnaise et la conscience que depuis le IXe siècle, les chanoines ont la garde de ce haut lieu spirituel et patrimonial. Il en accomplit le plus fidèlement possible la mission : Prier pour le diocèse avec toutes ses richesses et ses besoins. Je suis témoin de la justesse et de la charité véritable qu’il avait à parler des difficultés du diocèse. Pour cela, il accepta l’infirmité et ses dépendances, accompagné d’une manière qu’on ne saurait trop souligner par l’équipe de la villa Béthanie. Devant Dieu et l’Eglise, Merci Béthanie !

De cet esprit sacerdotal vécu par Joseph Daviu, nous recueillons une belle leçon de vie spirituelle. Le Seigneur n’a pas besoin de notre force, ni de faconde, mais il attend de nous des plongées en sa présence et notre confiance en Lui. Plus encore, l’essentiel sera désormais dans la réponse que nous donnerons à sa question, dans le quotidien de nos vies : « Est-ce que tu m’aimes vraiment ? ». Le véritable apôtre, n’est pas un technicien en produit spirituel, mais celui qui cherche à aimer Celui qui l’a aimé en premier et le faire aimer plus largement.

L’Evangile et son écho dans l’existence du chanoine Daviu, révèle que tout dans l’ordre de la vie chrétienne et singulièrement du sacerdoce, est un dialogue d’amour entre Dieu Lui-même et chacun de nous. Sans l’amour de Dieu, rien ne peut tenir et cet amour se présente sous l’angle de la douceur désarmée, discrète, ou même réservée, mais forte en même temps. Alors, tout prend sa forme la plus belle, son élan le plus fort. Jésus va confier à Pierre et aux autres disciples, il à confié à Joseph Daviu ce qu’il a de plus cher : l’amour des hommes pour lesquels il s’est livré. Au fond ce qui nous touche, c’est que l’Eglise et notre vie chrétienne ne sont pas fondées d’abord sur un idéal de perfection, mais bien plus sur la réalité de la présence de Jésus et la puissance de sa miséricorde, qui s’expose sur le Golgotha. Comme le dit encore saint François de Sales « Le calvaire est le mont des amants ».

De là haut, dans la maison à l’étage supérieur ou il retrouve sa chère maman, Marie Thérèse et tous les siens, que Joseph Daviu, belle figure sacerdotale du clergé d’Avignon, intercède pour que Jésus soit toujours plus annoncé, célébré, servi comme il se doit, dans ses anciennes paroisses, la Métropole Notre dame des Doms, ce diocèse qui était le sien et pour son futur pasteur. A ce pyrénéen devenu comtadin au tréfonds, nous disons : « Adessias, messiro lou canounge, et gramaci per vost’obro sacerdotalo. A se reveire touti ensen dins l’oustau celestialo, amoundau, émé la Vierge Mario, san Jousé et lou grand sant Gens !  ».