Mgr Robert Chave (1924 -2018)

6 septembre 2018

Homélie prononcée le 1er septembre 2018 par le Chanoine Daniel Brehier, recteur de la Métropole, lors des funérailles de Monseigneur Robert Chave

Chers frères et sœurs,

C’est à Béthanie, que Mgr Chave s’est éteint entouré par sa famille, les confrères, le personnel oh ! combien prévenant, et les amis. Sa mort suscite une légitime et large émotion. 

L’Eglise diocésaine est touchée par cette disparition, car elle n’est pas une simple entité territoriale, objet d’une administration de gestion, mais avant tout une famille avec son histoire, ses richesses, ses personnalités qui lui donnent un visage spécifique. Comment ne pas évoquer avec notre défunt, NNSS Amourier et Reyne, et tant d’autres…..? La concentration de ces prêtres de haute stature, au sortir de la seconde guerre mondiale est remarquable. Ils sont les fruits d’une bonne formation et d’un esprit diocésain, avec l’influence directe de Mgr de Llobet, réputé aristocrate conservateur, mais pasteur audacieux et trop méconnu. Dans ce contexte général, nous découvrons mieux le ressort du parcours de Mgr Chave retracé par le chanoine Gérard en ouverture. 

Fils de cheminot, Robert Chave naitra dans le quartier « rouge » des Rotondes. Par ses études, il approchera les milieux urbains et ruraux, qui n’étaient pas les siens directement. Il sera profondément bouleversé par les bombardements d’Avignon et les conséquences de la guerre. Tiraillé aussi, par les orientations à prendre sous la pression de l’occupation allemande. Il y affinera sa personnalité et une certaine audace. Il trouvera son chemin de foi dans la spiritualité des Pères de Foucauld et Chevrier, et l’esprit des grands mouvements chrétiens promus par son archevêque, particulièrement l’Action Catholique. Ce que le jeune Robert écrit en mai 1946, annonce déjà ce qu’il sera dans sa maturité : « Je veux sortir dans le monde afin de ne pas passer toute ma vie à côté du monde. Je suis fait pour convertir le monde, c’est lui que je dois sauver. Ai-je une foi assez forte ?....  ». Sur cette base, il sera un homme de terrain, présent à tout et à tous, dans un incontestable zèle pastoral. Pas de construction intellectuelle ou de posture, mais le contact direct avec les personnes, l’enracinement sur le lieu de vie, l’acceptation du réel, terrain naturel et surnaturel de mission. Combien n’en a-t-il pas aidé à s’épanouir, qui lui sont aujourd’hui reconnaissants ? Il connaissait les brebis et les brebis le reconnaissaient.

Il sera reconnu surtout par sa bienveillance c’est-à-dire bien vouloir et vouloir pour le bien. C’est une des formes de la charité évangélique. C’est cela qui, sans recourir au prestige de connaissances étalées, suscitait en lui une autorité naturelle et lui valait le respect. Dieu n’est il pas essentiellement bon, parce qu’il aime ? Les pharisiens eux-mêmes n’appelaient ils pas Jésus : « Bon maitre ». Celui qui vit en union profonde avec un si bon Maitre, finit par lui ressembler. Il y a comme une imitation de Dieu, une habitude de bonté. Mgr Chave était foncièrement bon pour tous ceux qui l’abordaient, au risque de passer quelquefois pour naïf auprès de certains. Il illustrait fondamentalement la parole de Jésus : « C’est à ce signe que le monde reconnaitra que je viens de mon père, si vous vous aimez les uns les autres » (Jn 13,35). Reprise en écho par Lacordaire : « Aucun bien ne se fait à l’homme, qu’en l’aimant  ». 

Je me souviens comment, au Palais du Roure, le père Chave essayait de tirer tout ce qui était bon et profitable dans le feu des débats de Foi et culture. Il avait compris qu’on ne peut se passer d’un cheminement avec l’intelligence de son temps si on veut l’ouvrir à l’Evangile. Sa recette : s’armer de cohérence et de respect  ; ne pas chercher à imposer coute que coute son opinion ; avoir une pensée souple et constante tout à la fois. Quelle sagesse tout récemment encore, dans sa participation aux rencontres du Chapitre des chanoines de la Métropole ! Sa capacité à vouloir toujours trouver le lien, le bien dans ce que dit, ce que fait l’autre était remarquable. On imagine ce qu’il en était dans le grand écart entre une réunion d’Action catholique, les obligations paroissiales et les activités du Festival qui fait d’Avignon, un concentré d’humanité, un carrefour d’opinions de toutes sortes. Nous touchons là à une charité et une intelligence pastorales, dignes des Foucault et Chevrier. 

Le nom de Mgr Chave sera pour toujours associé à la culture et un de ses moyens, la communication. Son œuvre correspond bien à la définition que donne le concile Vatican II : « Au sens large le mot « culture » désigne tout ce par quoi l’homme affine et développe les multiples capacités de son esprit et de son corps ; s’efforce de soumettre l’univers par la connaissance et le travail ; humanise la vie sociale, aussi bien la vie familiale que l’ensemble de la vie civile, grâce au progrès des mœurs et des institutions ; traduit, communique et conserve dans ses œuvres, au cours des temps, les grandes expériences spirituelles et les aspirations majeures de l’homme, afin qu’elles servent au progrès d’un grand nombre et même de tout le genre humain  ». (Gaudium et spes, 53). Avec les artistes, il voudra approfondir le sens transcendant de la vie et ses expressions les plus diverses, dans l’esprit de ce que le pape Paul VI disait aux artistes (et nous les redisons pour ceux qui sont présents parmi nous aujourd’hui) : « Votre art consiste précisément à saisir les trésors du ciel de l’esprit, à les revêtir de mots, de couleurs, de formes, à les rendre accessibles » (Messe des artistes 7 mai 1964). 

 Loin de s’enorgueillir pour son impressionnant réseau de relations humaines dans tous les milieux, encore moins pour ses avancées pastorales courageuses, nous trouvons chez lui une authentique humilité. L’humilité, c’est la vérité sur nous-mêmes par notre propre conscience et par la lumière que Dieu répand dans notre esprit. L’humilité n’empêche pas une personne de tenir son rang, si elle le fait sans prétention. Elle prédispose à une attitude de disponibilité, d’ouverture et de réceptivité. L’humilité nous situe en vérité par rapport aux autres. Elle nous rend capables d’admettre leurs qualités telles qu’elles sont. Le Père Chave nous fait voir que l’humilité fleurit en bienveillance.

Dans ce qu’il avait prêché sur l’eucharistie pour ses 50 ans de sacerdoce, Mgr Chave livre son secret le plus fondamental : « Pour le prêtre, tout part de la messe, tout y retourne : pour tout chrétien, elle est source et sommet de toute vie. C’est vrai, c’est un art de faire, un art de vivre. ……Dieu se rend assimilable aux petits comme aux grands, aux riches comme aux pauvres. Dieu ne s’impose pas, il s’expose, il se propose, il se repose en nous  ». (8 juin 1997)

En ces temps où il y a le doute, une forme de désespérance, une profonde crise morale, nous trouvons un bel appel à l’espérance, dans la voix de l’église : « Paradoxalement, le monde qui donne d’innombrables signes de son refus de Dieu, cherche en réalité celui-ci par des chemins inattendus et il en ressent douloureusement le besoin. Il réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et dans l’intimité duquel ils vivent comme s’ils voyaient l’invisible  » (Gaudium et spes 76) Aussi « convient il d’évangéliser, non pas de façon décorative, en se contentant d’un vernis superficiel, mais en profondeur, de façon à atteindre jusque dans leur racines, la culture et les cultures  » (GS 20). N’est-ce pas ce qu’a essayé de vivre tout au long de sa vie sacerdotale, celui que nous accompagnons ? Notre prière pour Mgr Robert Chave, contribue à ce qu’il entende de tout son cœur de la part du Christ, bon pasteur « Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maitre  ».

Aro, counfisen mounsegne Chave à la santo vierge Mario :

Santo Mario, sies, amoundau, reino di sant. Pregas per nautre à l’ouro de la mort, Prenes nosto amo en man coume un enfant que dor et fases nous franqui lou passage devers voste fieù